En route vers l'Iran

Publié le par Hervé

04 AOÜT 2003

Bonjour a tous,
 
Avant de vous raconter mon dernier mois en Inde et mon sejour au Pakistan, je voudrais vous faire part de ma joie d'avoir trouve "Le Petit Prince" de Saint Exupery en hindi et en urdu.
 
En effet apres mon echec a Kalkota pour trouver ce livre tant en Bengali qu'en Hindi j'avais reporte ma recherche. C'est a Delhi grace a un libraire tres sympathique et patient que j'ai obtenu mon edition hindi. En effet il n'avait qu'une edition indienne en anglais mais fait exceptionnel en Inde, il a pris le temps de telephoner a l'editeur pour savoir si cela existait en hindi. La plupart me repondait que cela n'existait pas!
 
De plus il a trouve des editions anglaises relies et imprimees en Inde j'ai donc tout achete!
 
Dans cette librairie je rencontre aussi un anglais qui collectionne sur le meme principe que moi "L'etranger" de Camus. Il en connait des passages par coeur et en... francais!
 
Ma grande satisfaction est de trouver "Le Petit Prince" en urdu (langue du Pakistan) des mon arrivee a Lahore de surcroit dans une belle edition.
 
Je suis rentre dans une librairie ou etaient exposes des livres en anglais!
 
J'ai demande mon ouvrage, il ne connaissait pas, j'etais etonne et... decu.
 
Mais je continue a deambuler dans le magasin et particulierement dans le rayon enfant. Sur un etal un dessin se detache.... C'est bien lui je ne suis pas dans le desert mais je le reconnais immediatement! Et c'est avec joie que je decouvre que la couverture est en urdu.... Je l'ai!
 
Je discute avec le libraire, lui explique ma passion pour ce livre, il decide alors de le lire je reviens le lendemain il avait deja lu la moitie du livre. Je suis tres content d'avoir trouve un nouveau lecteur!
 
C'est aussi au Pakistan dans la Kalash Valley que j'ai rencontre un lecteur francais, Christian, habite par la meme passion, il collectionne aussi "Le Petit Prince" dans differentes langues et editions, possede meme la premiere edition Gallimard!
 
Pour ma part j'ai maintenant dans mon sac l'edition birmane, indienne, et pakistanaise et bien sur l'edition.... francaise!
 
 
 
Un depart difficile d'Udaipur
 
Je pars finalement avec un jour de retard d'Udaipur. J'ai beaucoup de difficultes pour quitter cette ville: je me suis largement attache aux gens et plus particulierment les peintres, le proprietaire de la guesthouse,Deep, les joueurs de football.
 
Deep insiste pour retarder mon depart, je lui explique sans conviction, il est vrai, que je souhaite continuer a visiter le nord de l'Inde et le Rajahstan.
 
Je suis inquiet, je ne sais si je pourrai garder contact avec eux notamment cette famille ou j'ai pris tant de thes et de dejeuners. En effet leur anglais est relativement limite. Je me sens triste. Je suis d'autant plus emu qu'avec leurs yeux a peine ouverts, ils se levent a 6h30 du matin pour me dire au revoir.
 
Je pars visiter Jaisalmer, sur le chemin, malgre la visite du tres beau temple jain de Ranakpur avec des sculptures tres fines representant la creation du monde; je pense beaucoup aux moments privilegies passes ensemble.Retrouverai-je cette ambiance au cours de mon voyage plus pariculierement en Inde ?
 
A mon arrivee a Jaisalmer j'ai deja un element de reponse! C'est un endroit tres touristique et les rabatteurs entrent dans le bus quelques kilometres avant Jaisalmer et commencent leur "dissertation". C'est effrayant, je tourne la tete et les ignore.
 
Une indienne m'offre un large sourire de compassion. La descente du bus est encore plus terrible. Ils sont tous la; a ma vue le seul touriste, ils se precipitent...
 
Je passe devant eux sans y preter attention (enfin j'essaie!) afin de prendre mon sac dans le coffre du bus. L'un d'entre eux me prends le bras, je le rejette assez brutalement et me positionne devant lui nez a nez, avec agressivite je lui ordonne de ne jamais me toucher. Celui-ci a deja perdu toutes ses chances!
 
Au vue de mon comportement certains d'entre eux reculent d'un pas. Ai-je l'air si mechant?
 
Je prends mon sac, traverse la rue, commande une bouteille d'eau, fume une cigarette. Malheureusement mon stratageme pour les decourager ne fonctionne guere! Il en reste encore cinq ou six autour de moi je ne peux meme pas boire tranquillement! Deux voyageurs m'avaient recommande un hotel et c'est avec soulagement que je vois sous mes yeux la carte de visite de cet hotel ! Ouf c'est le rabatteur qu'il me fallait ! Je pars avec lui.... Apres quelques minutes de moto il me propose de visiter SON hotel ! La carte de visite n'etait donc qu'un leurre. Je rale, je lui demande de se rendre a l'hotel dont nous avions parle. Il m'informe de sa fermeture... Je ne cede pas. Il me renvoit alors sechement et me dit de me debrouiller tout seul!
 
Je pars donc a la recherche d'un rickshaw je rejoins enfin mon hotel... ouvert! Grrr... l'Inde touristique!
 
Jaisalmer est situe aux portes du desert de Thar, je decide donc de faire une excursion de deux jours dans le desert a dos de chameau. Sur les conseils de voyageurs je choisis une excursion organise par l'hotel et surtout j'exige le guide qu'ils avaient eu. Ah les conseils entre voyageurs restent les meilleurs et surtout les plus surs!
 
Apres une petite sieste (ne voulant pas marcher sous 40°C) , je pars visiter la ville et surtout sa citadelle. A ma grande surprise contrairement aux autres citadelles et forts d'Inde, celle-ci est habitee et c'est donc gratuitement que je peux visiter. Les remparts sont d'une dimension impressionnante. La ville est arabisante avec ses facades en pierre "blanc cassee" sculptee, ses havelis et ses voutes.
 
Les habitants portent les vetements traditionnels dont la principale caracteristique est la couleur. Les saris des femmes sont verts, jaunes, bleus... toujours une couleur vive c'est un plaisir pour les yeux. J'oublie de prendre des photos ou n'ose pas.
 
A mon retour a l'hotel, je trouve le proprietaire et un de ses amis regardant la television et plus particulierement la chaine Fashion TV qui diffuse toute la journee des images de defiles de mode et donc de femmes tres denudees. J'engage la conversation, ironiquement je demande si leur interet se portent sur les vetements. Leur visage s'eclairent d'un large sourire et avec honnetete ils me repondent que non! La femme de l'un d'entre eux arrive, immediatement ils changent de chaine et nous voila devant un film classique indien. Je souris mais ne dis rien. il part avec sa femme, revient quelques instants plus tard mais le film ne les interesse guere et comme par miracle son doigt presse le bouton de la telecommande et Fashion TV reapparait . Je rigole vraiment.
 
C'est alors une discussion sur la tenue vestimentaire en Europe. Ils me demandent serieusement si les femmes dans Paris ou en Occident s'habillent tels qu'ils les voient a la tele! Je ne peux me retenir de repondre: "oui voire elles sont encore plus denudees que dans les defiles...." Leurs yeux petillent, je suis oblige de dementir, de leur expliquer que ce ne sont que des defiles de mode. La realite quotidienne etant differente!
 
Nous regardons ensuite une chaine musicale indienne ou les filles sont tout aussi denudees. Ils sont offusques par ces changements et m'expliquent que maintenant leurs enfants ne peuvent pas regarder la television seuls..... Finalement les societes sont tres differentes mais les discours et les problematiques sont les memes.
 
 
 
Une excursion dans le desert
 
Je pars le matin pour visiter un temple jain aux portes du desert avant de rejopindre Mohan le chamelier.
 
Je decouvre alors Boudha mon chameau. Un chameau gentil et obeissant selon Mohan. Il me demande si cela ne me derange pas de partir seul; il me rejoint dans cinq a dix minutes. Je suis donc le chemin en guidant Boudha, sans grand succes, je n'arrive pas a maintenir le cap. Boudha ne cede pas a mes directives. Meme les chameaux indiens ne veulent pas aller ou je veux! Il s'arrete continuellement pour manger. Ouf Mohan revient et par miracle tant sa monture que la mienne l'ecoutent et nous partons enfin dans le desert qui est compose plus de pierre que de sable.
 
Apres deux heures, nous nous arretons sous un arbre assez grand pour garantir de l'ombre nous dejeunons.
 
Il etait temps ce n'est vraiment pas confortable. J'apprecierai vraiment au retour le confort de ma... 2CV !
 
Nous partons en quete de branches mortes (d'arbustes), il faut bien allumer un feu pour cuisiner! Nous epluchons les legumes, Mohan prepare un peu de riz, organise un petit triangle avec des pierres pour poser les casseroles dessus. Nous degustons ensuite un carry de legumes succulent bien qu'il soit un peu trop epice mais le cadre ne rend-il pas ce mets savoureux ?
 
Apres un dejeuner et avec cette chaleur c'est ineluctable: il est temps de faire une sieste.
 
Malgre cette chaleur c'est agreable de dormir ainsi....
 
Mais rien n'est parfait je me reveille quelque chose me gratte les pieds encore une de ces bestioles. J'ouvre les yeux. Non! c'est une chevre en train de me grignoter les orteils! Elle n'est pas seule... il y en a une trentaine mais d'ou arrivent-elles? Ah un homme arrive, mon chamelier ne le connait pas. C'est un berger rajasthani, nous buvons un the avec lui. Il est age, parle peu, porte les vetements traditionnels, un turban jaune vif, son visage est marque par le soleil, ses rides sont profondes, sa barbe, sa moustache sont splendides.
 
Je lui demande si je peux prendre une photo, il penche legerement la tete sur la droite ce signe si caracteristique des indiens pour acquiescer, mais il me fait signe d'attendre.... Il arrange sa barbe, sa moustache en demi-lune et enfin son turban!
 
Il n'a pas plu dans cette partie du Rajasthan depuis trois ans, le prix des aliments pour les chameaux a incroyablement augmente d'ou des difficultes pour les chameliers.... qui cassent malgre l'interdiction certains arbustes dans le desert pour nourrir leur betail. L'arbre sous lequel nous sommes est grand il me demande de l'aider a casser des branches. Le berger prend une pierre enroule une ficelle autour, la lance autour d'une branche et tire ce qui permet de casser la branche. Enfin de la nourriture les chameaux se precipent immediatement dessus.
 
Mohan monte sur l'arbre, demande qu'on lui lance la corde et l'entoure autour d'une branche assez grosse et surtout assez haute. Avec le berger nous tirons sur la corde afin que la branche se brise mais je ne suis pas aussi fort qu'eux et je suis emporte par la branche quand le berger lache la corde. Ils n'osent pas rigoler mais je devine sur leur visage un sourire moqueur !
 
A l'aide d'un couteau et d'une pierre Mohan essaie de scier la branche puis nous retirons, je commence d'avoir des ampoules aux mains. Mais la branche ne cede pas.
 
Apres une heure d'effort nous reussissons enfin! Meme si mon aide ne fut que marginale je suis fier que nous ayons reussi.
 
Les chameaux mangent puis nous repartons pour nous rendre aux dunes de sable ou nous dormirons! Le trajet dure plus de trois heures et je n'arrive definitivement pas a trouver une position confortable sur le chameau mais le paysage me fait largement oublie cela et je suis subjugue par les dunes ou par ces quelques arbustes qui survivent au milieu de nulle part. J'apercois des antilopes, Mohan me propose alors de revenir dans quelques jours pour braconner le soir!
 
Nous arrivons enfin! Je decouvre avec bonheur ma chambre: le desert, une etendue immense, je vais dormir a la belle etoile sans tente, sans matelas, sans rien, sur le sol!
 
Mohan propose d'aller dans un village a proximite acheter deux bieres et du vin du desert et surtout des cigarettes. Il me dit qu'il sera de retour dans environ une heure et demie je le crois! Aie j'oublie que nous parlions d'heures indiennes... j'attends donc 3 heures.
 
Je pars a la recherche de branches mortes pour le feu mais je ne m'eloigne pas vraiment de peur de me perdre
 
Je monte sur une dune pour observer le coucher de soleil et j'y perd ma sandale que je mets quelques minutes a retrouver en plongeant ma main dans le sable!
 
A l'horizon le soleil descend vite. Un chameau passe lentement dans l'axe du soleil... c'est magique! Je me demande si ce n'est pas un reve! Une veritable carte postale.
 
Le silence autour de de moi me pousse a reflechir sur la vie dans ces villages isoles du desert mais aussi a la mienne. C'est idiot de comparer mais cela permet de relativiser la notion de temps, de valeurs.... Je pense aussi a mon retour en France qui approche.... Serai-je different?Garderai-je en memoire cette relativte? Mon comportement sera-t-il different? Oublierai-je une fois "re-acclimater"?
 
Je commence a etre inquiet, la nuit est tombee, je prends ma torche, je suis tout seul au milieu du desert nous avons traverse une route en venant j'essaie de visualiser ou elle etait. Que dois je faire s'il ne revient pas? J'ai de l'eau, je dors et demain j'essaierai de retrouver la route a pied... je ne saurai pas remettre la monture du chameau.... Ca y est je le vois il revient, me demande si je n'etais pas inquiet... Pff! Avec un air assure je reponds NON! Quel mensonge!
 
Il creuse un petit trou pour allumer le feu et le proteger du vent.
 
Nous deballons les affaires, nous realisons que nous avons oublie l'huile sur le lieu du dejeuner ce n'est donc pas un carry que nous mangeons mais du riz.... avec du sucre!
 
Apres ce diner hors du commun et une biere et un vin du desert qui s'avere etre un alcool blanc, je m'allonge sur le dos, regarde durant de longues minutes la pleine lune et les etoiles; j'aimerais, a cet instant, etre un astronome et pouvoir les identifier. Des etoiles illuminant le ciel, le desert, je vais peut etre apercevoir Le Petit Prince ou sa planete. Une etoile s'allume et s'eteint regulierement. J'en suis certain, c'est l'allumeur de reverbere.
 
Morphee m'enveloppe dans ses bras. Dans la nuit je me reveille, le sable me fouette la figure, une mini tempete... c'est desagreable!
 
Le soleil se leve a ma droite je le fixe, observe les couleurs du desert, me retourne, apercois alors la pleine lune. Ma tete est en perpetuelle mouvement entre le soleil a ma droite et la pleine lune a ma gauche, j'entends a peine le bruit des ustensiles manipules par le chamelier qui prepare le "chai" du petit dejeuner!
 
Remonter sur le chameau est une terrible epreuve: Lever la jambe est difficile tant les courbatures sont fortes. C'est un nouveau depart et aussi la fin de cette escapade dans le desert
 
Nous rejoignons la route et la jeep de l'hotel me recupere et nous partons visiter des cenotaphes au milieu du desert. Des generations de Maharadjas sont enterres ici avec une plaque commemorative c'est un lieu bizarre. J'ai plus l'impression de visiter un temple que des tombeaux les sculptures sont relativement fines et les inscriptions sur les tombes sont parfois malheureusement incomprehensibles pour moi. Hier soir je voulais etre un astronome pour comprendre le language des etoiles, aujourd'hui je voudrais etre linguiste pour comprendre ces steles.
 
J'aimerais tant avoir une connaissance assez large pour comprendre chacun des lieux des sites, des mouvements, des coutumes. Ah que de lectures se profilent a mon retour!
 
 
 
Depart pour Delhi
 
Je decide de reserver un billet de train grand luxe pour mon arrivee a Delhi je voyage donc en classe AC 1st.
 
Mais de Jaisalmer je dois tout d'abord prendre le bus jusqu'a Jodphur. Apres quelques kilometres, je m'endors pour me reveiller.... quand le bus redemarre apres avoir perce! AH je deviens vraiment indien je ne me soucie de moins en moins de ce qui peut se passer autour de moi, je deviens aussi fataliste qu'eux. Advienne ce qui pourra!
 
A Jodphur je prends le train dans cette classe mysterieuse pour moi.
 
Je decouvre mon nom inscrit sur le wagon du train. De la moquette dans le couloir, un vrai compartiment, nous sommes seulement quatre a l'interieur, personne n'attache son sac, il y a un petit lavabo pour se laver les mains! Meme dans les hotels je n'avais pas vu cela encore.
 
C'est une autre maniere de voyager en Inde que je decouvre.
 
Je voyage avec des indiens eduques parlant tres bien anglais et conversant dans cette langue entre eux. L'un est colonel dans l'armee indienne et m'assure qu'il n'y a pas de risque pour voyager au Pakistan, les deux autres sont des hommes d'affaires.
 
Nous discutons des relations indo-pakistanaises. Malgre les discussions actuelles entre les deux pays a haut niveau ils sont plutot pessimistes quant a leur issue.
 
Un des hommes d'affaires est plus prolixe, me demande mon sentiment quant a l'Inde, nous parlons a nouveau des coutumes et des mariages arranges. Je me risque a lui demander ce qu'il en est pour lui. Je suis surpris: il a fait un mariage d'amour mais relativise en m'expliquant combien ce fut diffcile a accepter pour les deux familles....
 
Ce train est vraiment confortable et c'est la premiere fois que je dors aussi bien peut etre le fait d'etre en confiance....
 
Malgre tout ce confort cela reste un train indien et j'arrive a Delhi avec deux heures de retard!
 
 
 
Delhi: l'enfer ?
 
Tout le monde m'a promis l'enfer a Delhi notamment avec les rickshaws.
 
Je choisis donc un rickshaw pre-paye pour mon arrivee et c'est une agreable surprise: il est honnete, aucune emeute dans le quartier, mon hotel n'a pas brule, le proprietaire n'est pas mort.... non il me depose directement a ma guesthouse qu'une voyageuse rencontree un mois auparavant m'avait recommande!
 
Et c'est une excellente adresse familiale avec seulement cinq chambres. Les proprietaires sont d'une gentillesse extreme, c'est tres propre c'est evidemment plus cher que la moyenne mais c'est la fin de mon voyage en Inde alors un peu de luxe!
 
Finalement Delhi n'est pas l'enfer promis ou tout simplement je commence a devenir indien. Je ne m'enerve pas avec les rickshaws, je me moque, negocie avec humour et finalement ne cede pas a leurs exigences et obtient le prix que je desire.
 
Je suis venu a Delhi pour faire mes demarches administratives c'est a dire obtenir mon visa pakistanais et iranien. Je decide donc de telephoner a l'ambassade d'Iran et du Pakistan pour savoir quelles sont les papiers necessaires. Le casse-tete commence.... L'ambassade d'Iran me certifie que cela prendra tres peu de temps une fois que j'aurai le visa pakistanais et une lettre de recommandation de l'ambassade de France..... Encourageant! J'appelle alors l'ambassade du Pakistan (ou plutot la Haute Commission du Pakistan): ils me donneront le visa sans aucun souci une fois le visa iranien obtenu et une lettre de recommandation.... Je crois que je suis dans une impasse! Alors mentons un peu je declare sur l'honneur aux iraniens que je prendrai un vol de Delhi a Teheran sans passer par le Pakistan. Ils sont alors d'accord mais veulent absolument cette lettre de l'ambassade de France.
 
Rencontre avec un diplomate francais
 
Je me rends donc a l'ambassade de France ou le gardien ne veut pas me laisser rentrer car la photo sur mon passeport est differente. Ce qui est vrai!
 
Finalement en lui parlant francais et m'enervant un peu il me laisse rentrer.... Oups j'avais oublie de deposer mon couteau a l'hotel, le gardien me regarde vraiment d'un air suspicieux.
 
Mais je ne suis pas encore au bout de mes surprises.
 
J'ai immediatement un rendez vous avec l'attache consulaire en charge des francais en Inde. Une jeune homme d'une trentaine d'annee en costume cravate qui semble assez sur de lui....
 
Apres les formules de politesse, nous en venons aux faits: mes lettres de recommandation!
 
J'explique mes motivations pour me rendre au Pakistan et en Iran .
 
Il essaie de me decourager d'aller dans ces pays de "sauvages" (oui ce sont bien des propos d'un diplomate!) ou je risque de me faire tuer, me conseille de partir en vacances a Tahiti!
 
Je prends sur moi et ne reponds quasiment rien, je veux absolument mes lettres.....
 
Je finis par reposer ma question: "Alors ? Me delivrez vous ces deux lettres?" le reponse me stupefait : "ah vous les voulez vraiment! Je vous les donne de toute facon si vous decedez dans un de ces pays ce sont mes collegues d'Islamabad ou de Teheran qui feront les papiers pour le rapatriement de votre corps!" Je reste interloque devant ces propos. Mais ce n'est pas fini: devant son ordinateur et redigeant ses lettres, il me demande ma profession et sur une pointe d'humour dont seul semble capable ce "diplomate", il me demande comment je suis devenu taliban apres avoir ete consolideur!! Avoir la barbe semble etre la definition du taliban!
 
Ne pouvant me taire, avec ironie (qu'il n'a pas comprise je pense!) je demande comment devient-on attache consulaire.
 
Toutefois je suis tres inquiet quant a ma connaissance de la langue francaise, je me precipite sur Internet pour trouver la definition de diplomate: "Personne chargee par un gouvernement d'une fonction de negociation avec un Etat etranger. Par analogie: Personne qui a du tact avec autrui, qui est habile a negocier" Dictionnaire Hachette
 
Je vous demande donc de l'aide si l'un d'entre vous peut m'expliquer cette definition car je n'ai toujours pas trouve de rapport avec "mon diplomate".
 
Ouf c'est le week end, plus d'ambassade, plus de demarches administratives a faire! Je vais en profiter pour visiter autre chose que les representations etrangeres de Delhi.
 
Une soiree agreable dans ma guesthouse avec une mexicaine, Cecilia, et une americaine (francophile), Laurie ou nous discutons avec le proprietaire de religion et surtout de sa place dans la vie. Passionne par le boudhisme et l'hindouisme, il explique que chacun doit trouve son "confort" interieur notamment par la meditation principale base pour la liberation du corps.... Et ce soir faute de chambre libre je dors dans la chambre de meditation de l'hotel ou sont accrochees de nombreuses photos de gourous indiens, des photos du Christ....
 
Nous discutons aussi de litterature, j'evoque "Le Petit Prince", tout le monde connait sauf le proprietaire, je lui explique alors que cette lecture apporte tout autant de reponses sur la vie que celle de livres religieux.
 
Le lendemain nous partons avec Laurie et Cecilia visiter la ville de Delhi tels le fort rouge ou la mosquee Jammu la plus grande d'Inde et un temple hindou richement decoree. C'est aussi un autre Delhi que nous decouvrons: celui de la pauvrete et des mendiants (la guesthouse etant situe dans un quartier residentiel). Ce qui m'impressionne est la foule qui est omnipresente, la circulation, le bruit particulierement les klaxons (pire que dans le reste de l'Inde)... et la pollution le tout sous une chaleur accablante avec un taux d'humidite tres tres elevee! Malgre tout a un cote un peu ennivrant d'etre aspire dans ce perpetuel mouvement!
 
Fort d'avoir obtenu mes lettres, je me rends le lundi matin a l'ambassade d'Iran qui me demande de remplir des documents, mes photos, ma lettre de recommandation.... et me dit de revenir dans une semaine, ils me donneront alors le visa..... Je suis un peu pessimiste, ils ne gardent pas mon passeport. Que faire pendant une semaine a Delhi sous cette chaleur accablante.
 
J'erre dans Delhi, passe devant une agence de voyage, entre, demande, sans conviction, les disponibilites pour un vol sur Leh (ladakh)! A ma grande surprise, c'est possible! Je decide donc de partir le lendemain matin et ne revenir que dix jours plus tard.
 
A mon retour a la guesthouse c'est l'incomprehension qui domine, il me croyait partant pour le Pakistan et l'Iran me voila partant pour Leh au coeur des montagnes du Ladakh!
 
Je prends mon vol le matin tres tot, je dois passer un nombre de controle de securite invraisemblable d'autant plus que j'ai oublie mon couteau suisse dans mon bagage a main qui par consequennt doit etre enregistre. Que cela ne soit pas accepte je suis d'accord mais les allumettes sont refusees sous pretexte que le vol est non fumeur. C'est incroyable!
 
Le Ladakh 
 
Le vol pour Leh est relativement impressionnant particulierement l'arrivee a 3500m d'altitude entre les montagnes. Pour acceder a la piste le pilote prends un large virage, pendant un instant je crois que l'aile touche la montagne sur le flanc droit de l'avion. Mais c'est aussi un vol magnifique ou les paysages sont extremes beaux, particulierement les montagnes enneigees.
 
Leh est une ville en altitude... quel choc!! En effet a la descente de l'avion il fait froid et tout le monde se regarde et essaie de trouver un peu de chaleur dans le bus nous transportant de l'avion a l'aeroport.
 
Des mon arrivee a l'hotel, la famille me recommande immediatement de boire beaucoup et de ne pas sortir de l'hotel durant mes deux premieres journees a Leh. Mais je retrouve par hasard Cecilia (arrivee la veille), et nous partons immediatement a la visite de Leh.... Des mon retour a l'hotel, c'est l'inquietude qui domine et la fille des proprietaires me demandent si je me sens bien, je ne comprends pas pourquoi autant de sollicitude et realise que je n'ai guere bu durant la journee malgre cela je suis en pleine forme.... jusqu'au lendemain matin ou je me reveille avec un mal de tete enorme ce qui me decide a boire beaucoup.
 
La pouplation de Leh est compose de boudhistes et de musulmans et la tension y est forte. Le physique des habitants est tres different de celui des indiens du Nord, leur visage sont plus ronds, les traits plus fins ils ressemblent plus aux nepalais ou aux chinois. Le comportement est aussi tres different, ils sont beaucoup moins arnaqueurs, les rapports sont plus sains.
 
 
 
La guesthouse: une grande famille
 
J'arrive dans une guesthouse familiale ou le systeme de fonctionnement inedit en Inde( mais le ladakh est-il vraiment l'Inde?): tout est fonde sur la confiance
 
En effet un diner avec un menu fixe est servi le soir dans une salle commune (c'est aussi l'occasion de nombreuses rencontres avec des voyageurs au long cours), a la fin du sejour, il suffit de dire le nombre de repas pris et la facture est ainsi faite, il n' y a aucun autre controle. C'est peut etre la premiere fois en Inde ou je vis cela!
 
Au dela de cela la famille est d'une gentillesse extreme et toujours disposee a plaisanter ce qui rend le sejour vraiment tres tres agreable!
 
Ils ont aussi accumule de nombreux livres ce qui va me permettre de retrouver un peu de lecture, je commencais a etre en manque. Cela me pousse a lire pour la premiere fois un livre de Mary Higgins Clark et de Pennac. Je n'ai malheureusement pas du tout aime ces deux lectures, j'aimerais tant savoir si ce sont les deux ouvrages lus qui n'etaient pas bons ou l'oeuvre de ces auteurs qui est mauvaise. En rentrant je me promets de lire un autre livre de Pennac et Marry Higgins Clark.
 
Mais j'ai aussi trouve un livre de Russel Banks "Trailerpark" qui a l'inverse etait excellent bien que tres pessimiste!
 
Ce lieu est un veritable petit paradis en Inde
 
Leh est aussi un lieu de rencontre extraordinaire avec les voyageurs.
 
J'erre dans la ville et rencontre un couple d'italien apercu dans l'avion. Nous discutons un peu, je decouvre qu'il est libraire. Nous decidons alors de prendre un the ensemble puis nous retrouvons un couple argentin passionne de litterature et plus particulierement francaise. Puis Cecilia arrive avec un suedois et un anglais dont un des auteurs preferes est David Lodge.
 
Apres quelques heures passes a boire du the, il est temps de diner, nous retrouvons d'autres voyageurs (francais, israeliens, allemands, australiens....). Nous formons une table d'une vingtaine de personnes ou toutes les nationalites sont representees, nous sommes finalement un petit O.N.U ! C'est absolument genial d'autant plus que nombre d'entre nous aimons lire. La jeune argentine connait parfaitement la litterature classique francaise, cite regulierement Mallarme, Baudelaire, Rimbaud, Apolinaire, Verlaine.... j'essaie de lui expliquer que nombre de ces auteurs ne sont quasiment pas lus en France, elle ne veut absolument pas me croire, elle semble decue d'entendre cela!
 
Au dela des nombreuses rencontres, le ladakh est un lieu magique avec ses montagnes et ses vieux monasteres boudhiques
 
Je pars a Himis visiter un monastere au coeur de la montagne. Je fais le trajet sur le toit du bus, j'oublie tout confort, je suis juste accroche aux parois du bus, contemple les yeux ecarquilles les montagnes enneigees, le reflet des nuages sur la montagne. Le monastere est tout aussi magnifique avec ses thankas et ses moines dont le visage est marque par l'hiver rude de la region.
 
Sur le retour, le trajet en bus est tout aussi eprouvant mais c'est a nouveau un nouveau spectacle, la lumiere est differente et par consequent c'est de nouveaux paysages que je decouvre...
 
Je decouvre d'autres monasteres a flanc de montagne ils sont tous aussi beau les uns que les autres. Dans l'un d'entre eux, je passe du temps avec de jeunes moines, autour d'un the, nous conversons, regardons des photos  notre seul moyen de communication. Leurs visages sont superbes et certains d'entre eux degagent une grande serenite.
 
 
 
Une grave maladie ?
 
De mon lit, je vois une montagne dont le sommet est enneigee et le ciel etoilee que j'observe longuement puis je m'endors pour me reveiller seulement trois jours apres.... Mais le plus incroyable est mon reve.
 
Je n'ai pas l'habitude de raconter mes reves mais cela fut assez etonnant:
 
Je pars le matin avec un chauffeur dans la Nurbah Valley. Je ne sais pas reellement ou cela se situe. Mais j'entends une musique indienne ou ladakhi tres forte dans cette voiture c'est parfois desagreable mais je finis par m'habituer, repete des paroles ce qui provoque l'hilarite de mon chauffeur. C'est une veritable ascension, la route est sinueuse, mes yeux sont grands ouverts je ne peux les detacher de ces montagnes rocailleuses, denudees dont le sommet est recouvert d'un drap blanc, puis l'ombre des nuages noircit une partie de montagne, l'autre partie reste ocre ou grise. J'essaie de me reveiller mais n'y parviens pas, la voiture continue son ascension. Ma tete hors de la voiture, mon visage est fouette par le vent, mon visage rougit par le froid mais je n'arrive a rentrer l'integralite de mon corps dans cette voiture. Est elle trop petite? Non je contemple juste la vallee derriere nous ou le vert domine, ou je distingue des plans de riz. Je ne comprends rien il est impossible de voir tant de couleur dans le meme espace. J'essaie de bouger pour me reveiller rien n'y fait je reste dans cette voiture avec ce chauffeur ne parlant pas anglais, j'aimerais lui parler lui dire combien c'est beau. Mais sa seule reponse est une question: "je m'arrete ? vous voulez prendre une photo?" Je ne comprends rien! Que se passe-t-il?
 
La route continue a monter il me propose de s'arreter pour boire un the, il fait vraiment froid en dessous de zero nous sommes a 5612m d'altitude il y a juste des militaires et quelques touristes autour de nous. Le the est bon, mon corps se rechauffe,  je pars marcher mais apres quelque metres j'ai du mal a respirer, l'oxygene me manque.
 
Nous remontons dans la voiture, je suis etonne de voir autant de neige je lui demande de s'arreter et realise que sur la pointe des pieds et le bras leve je ne peux toucher cette congere.
 
Puis c'est la redescente de l'autre cote du versant, avec des paysages completement differents. Les montagnes sont plus enneigees avec de tres belles formes geometriques, les reflets de nuages tant sur la roche que sur la neige augmentent grandement le nombre de couleurs deja presente dans la vallee. Nous arrivons dans la vallee de l'Hindus. Ce fleuve est tres large mais en partie asseche ce qui donne des petits ilots de pierre avec autour une eau boueuse les montagnes s'elevant des deux cotes donnent un cote gigantesque au site. Le long de l'Hindus il y a des espaces verts avec un lac ou je decouvre des yacks. Je descends de la voiture m'approche, les contemple, ils sont beaux avec leurs longs poils noirs et surtout il degage une puissance incroyable. Ce reve est vraiment incroyable car sur ce lac, un bloc de glace est pose avec de la neige le recouvrant.
 
Puis nous continuons a descendre et la apparait un desert de pierre puis un village, un monastere avec des thankas de plus de six cents ans. C'est magique! Nous reprenons la route pour arriver dans un desert de sable (j'aimerais etre maintenant un geologue pour expliquer ce phenomene). Apres avoir eu froid, je subis une forte chaleur, le long de l'Hindus se trouvent des chameaux.
 
Decidement ce reve m'entraine dans un profond delire: des chameaux a plus de 3000m d'altitude!
 
Au meme moment un nuage au sommet d'une montagne forme un arc et les rayons du soleil se fraient un chemin pour illuminer la vallee.
 
Puis nous nous arretons enfin et c'est a nouveau un miracle des sources chaudes: je plonge ma tete dans l'eau chaude c'est agreable apres ce froid du a l'altitude.
 
Le lendemain nous repartons je prends le volant… Non c'est impossible nous sommes en Inde pourtant je conduis, je derape sur du sable, mon chauffeur assis a cote de moi a peur….
 
Je visite de nouveaux temples dont un avec un somptueux boudha en or.
 
Puis nous reprenons l'ascension pour rentrer je laisse derriere moi cette somptueuse vallee et ses monasteres.
 
Nous sommes encore arretes a un checkpoint. Un militaire me demande s'il peut se joindre a nous pour rejoindre Leh. Tel un indien je lui demande combien il paie et j'acquiesce tel un autochtone en penchant legerement la tete sur la droite….
 
Lors de la descente vers Leh bien que cela soit la meme route, les paysages sont a nouveau autres, les points de vue sont differentes notamment l'arrivee ou je realise l'oasis de verdure de Leh.
 
Je suis epuise apres ce reve, je me retourne dans le lit mes yeux s'ouvrent lentement je revois la montagne qui fait face a ma chambre. Oui je me reveille... Enfin !
 
Le lendemain de ce reve j'assiste a un " enseignement" du Dalai Lama ou participre pres de vingt milles personnes. Il s'exprime en tibetain et s'est traduit en simultane en anglais dans un coin tout proche de son estrade ou sont regroupes les etrangers. Puis une fois son discours termine il est traduit en ladakhi.
 
Le discours est tres interessant il explique combien le proselytisme est dangereux et ne mene a rien, prends l'exemple du proselytisme musulman et boudhiste au ladakh… Son propos a d'autant plus d'impact tant la situation ici est tendue entre les deux communautes. Il ne comprends guere pourquoi les occidentaux se convertissent tant au boudhisme et leur conseille de plutot revenir a leur racines que de se convertir…
 
La foule composee de ladakhis, de "zanskari" et de nombreux moines boudhistes avec leurs habits traditionnels est un melanges de couleurs extraordinaires mais je n'ose pas prendre de photos. Je suis tout de meme a une ceremonie religieuse.
 
Malheureseument mon escapade ici prends fin et je dois revenir a Delhi affronter la chaleur et les ambassades iraniennes et pakistanaises.

Publié dans Récit de voyage 2003

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InFolio 05/06/2007 18:37

A la lecture de ton récit de voyage, difficile de dire si j'apprécierais de visiter l'Inde. Je comprends ta nervosité face au harcèlement des chasseurs de touristes, ça doit être épuisant à force. Mais tu sembles y avoir fait des rencontres tellement riches ! Finalement, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il faut éviter les grands lieux touristiques.