De Darjeeling a Varanasi: Une drole d'experience intime

Publié le par Hervé

8 mai 2003:

Salut a tous,

En préambule je voudrais m'excuser... oui je sais cet e-mail est assez long et pourtant j'ai essaye de faire court!! Mais j'avais tellement de choses à vous raconter: Alors j'espère que vous ne vous ennuierez pas trop en le lisant.

 

Comme chaque matin a Darjeeling, je me rends dans mon échoppe  favorite (deux tables de 4 personnes) pour le petit déjeuner mais aujourd'hui les civilités sont différentes et la première question est moins classique puisqu'on me demande immédiatement si je ne suis pas malade. Mon visage doit être sans aucun doute pale j'ai passe la nuit sur la selle. Alors les conseils, les recommandations se succèdent. Un déjeuner allége tout d'abord, mes toasts sont déposés sur la table, ils sont déjà tartines; il n'est pas si désagréable d'être malade on est aux petits soins avec vous! Je dois revenir le midi pour manger une assiette de riz, c'est un ordre. Je décide alors de différer mon départ de quelques heures...

De ce temps gagne, j'en profite pour dire au revoir à Rakesh et plaisanter quant a nos parties de billard, malheureusement souvent perdues!

Je discute avec les propriétaires de ma guesthouse; c'est avec fierté qu'ils m'expliquent que leur fils travaille en Australie, c'est avec ironie qu'ils me révèlent leur faveur pour les touristes occidentaux et non les indiens... trop bruyants!

De retour dans mon échoppe pour mon déjeuner c'est avec surprise et un peu de dégoût que je vois le propriétaire ajoute à mon riz du citron confit mais ses explications sont convaincantes quant aux bienfaits pour mon estomac. Les repas sont, en Inde, plus ou moins bon mais la, j'ai vraiment beaucoup de mal a manger. Seul l'espoir de passer ma prochaine nuit dans le train en bonne santé entraîne ma cuillère jusqu'a ma bouche!

Le repas fini, je prends une jeep collective pour la gare de Siliguri. Sur la route étroite et en lacets, personne ne veut parfois céder le passage, nous avons donc un accident,  rien de grave mais les deux chauffeurs palabrent. Alors on attend je suis en compagnie d'un jeune ingénieur indien voulant s'engager dans l'armée, gage de prestige. Finalement nous arrivons, c'est maintenant quatre heures d'attente. Je dépose mon sac a dos a la consigne, cela semble complique, il est "interdit" de laisser un sac sans le fermer a clé je dois négocier pour qu'ils acceptent un sac a dos, c'est gagne et sans backshish! J'erre dans la gare, les gens s'installent pour dormir en attendant le train, d'autres mendient. Ah! deux autres étrangers: le couple d'anglais avec qui j'ai voyage de Kalkota a Darjeeling. Nous discutons, l'attente devient longue. Il est temps de se renseigner quant au numéro du quai. Mais nous avons largement le temps il a une heure de retard, je me réjouis a l'idée d'attendre une heure de plus! Nous décidons alors de manger est ce vraiment une bonne idée....

Enfin le train! 

Ne nous plaignons pas pour ces vingt heures de voyage je vais vivre dans le grand luxe je suis dans la classe avec air conditionne; c'est la même chose que celle avec le ventilateur enfin on a un repas de servi et un petit oreiller fournis. Le compartiment est compose de six couchettes (comme en France!) mais il n'existe pas de séparation car a la perpendiculaire sur l'autre paroi du train il y a deux autres lits superposes.

Il est une heure du matin, je peux enfin dormir, les indiens commencent à se coucher mais a cinq heure mon estomac me réveille je m'assois sur ma couchette pour aller aux toilettes. Malheureusement il est déjà trop tard.... Pas dans le train! tant pis!  Je me lève pour accéder a mon sac a dos (évidemment enchaîne sous une couchette), mal a l'aise je balaie du regard le compartiment, j'ai l'impression que tout le monde m'observent. Avec le pantalon colle à ma peau, j'essaie de me positionner de manière a ne pas être vu. Une fois mes affaires propres prises, je me rends aux toilettes honteux, en longeant les parois du train.  Enfin dans les toilettes, je ne peux plus être vu. Je relativise la saleté des toilettes indiens je suis tout de même le plus sale!  Je me lave, je ne suis vraiment pas a l'aise, l'espace est réduit. Pour obtenir l'eau, il faut maintenir une bague au niveau du robinet ah! c'est pratique ont ils pensent aux gens malades? Maintenant c'est bien j'ai pris ma douche (!!!) je suis change, mais je dois faire ma lessive avec ce robinet si facile d'utilisation....un mini enfer!

De retour dans le compartiment, je ne suis toujours pas confortable, je balaie du regard le wagon et finit par réaliser que la plupart des personnes dorment paisiblement!

Le trajet se poursuit. En fin d'après midi je m'assois à la porte du wagon qui est ouverte, les pieds dans le vide, le visage fouette par le vent chaud, la campagne indienne devant moi. Les indiens viennent fumer leur cigarette au dessus de ma tête et jettent leurs cendres a l'extérieur malheureusement ils reviennent sur ma tête!

Je suis un peu mélancolique, nous traversons de nombreux villages ou j'aperçois des femmes des enfants et quelques hommes portant en équilibre sur leur tête du foin ou des denrées. De nombreuses questions se bousculent: quelle est LEUR conception du bonheur et du malheur, du travail et de l'oisiveté, de la vie et de la mort ? Mais une seule réponse tellement facile m'apparaît: il faut relativiser. Ces questions sont elles seulement celles d'un occidental? J'aimerais arrêter ce train et leur demander....

Je reviens dans le compartiment, je n'arrive pas a me défaire de ces images de la campagne, de ces villages, de mes interrogations je reprends alors ma place a la porte du wagon. Le soleil se couche vite, le paysage est de plus en plus sombre. La nuit finit par envelopper la campagne indienne. Fin des interrogations.....

Varanassi (ex-Benares)

Des la descente du train je retrouve le couple d'anglais et... un suédois, nous sommes immédiatement assaillis par les chauffeurs de taxi et d'autorickshaws: a chaque pas vers la sortie de la gare les tarifs baissent c'est une sorte d'enchères a la baisse. Finalement nous partons dans un hôtel en dehors de la ville (plus pratique au vue de l'heure d'arrivée) mais des le lendemain je change d'hôtel et rejoint deux photographes français rencontre en Birmanie.  Avec son balcon donnant sur la Gange, cette guesthouse est merveilleuse sans compter quelques singes et écureuils jouant les troubles fêtent en chippant parfois la nourriture sur les tables!

Je déambule sans but précis dans la vielle ville. Ses petites ruelles sont si étroites il est difficile de marcher a deux, voire seul si je croise une vache. Tous mes stéréotypes quant a l'inde surgissent: les vaches, le foule, la ferveur religieuse autour du Gange mais c'est maintenant a mes yeux une réalité!

Chaque matin, dans une ruelle, se trouve une vache installée dans l'entrée d'un immeuble, seule sa tête dépasse de l'encadrement de la porte! Je n'arrive absolument pas à comprendre comment les gens peuvent entrer ou sortir de l'immeuble. Mes promenades dans la vielle ville sont parfois dangereuses deux vaches se coursent il faut se coller au mur pour les laisser passer! Mais le plus amusant est de réaliser qu'en restant quelques jours dans Varanassi, je les reconnais et me souviens dans quelle rue j'ai croise telle ou telle vache!

Une promenade en barque au lever du soleil, je découvre alors les palais des Maharadjas (tous dans un état plus... déplorable les uns que les autres), les indiens priant et prenant leur bain de le Gange, les laveurs qui frappent en rythme le linge (comment peut on rendre propre des vêtements avec l'eau du Gange?). Les pieds immerges dans le Gange ils frappent le linge humide sur une pierre au fur et à mesure que l'eau s'extrait du vêtement le son devient de plus en plus sourd; puis ils l'étendent sur les ghâts, c'est alors un patchwork de couleur sur les marches Etonnant!

Varanasi est considéré comme une ville sainte, je ressens parfois une tension. Près de certains temples de nombreux policiers! La tension avec les musulmans peut être importante je ne peux rentrer dans une rue menant a un temple car j'ai mon appareil photo, un indien est refuser il a un téléphone mobile: la crainte des attentats. J'y reviens sans mon appareil mais je ne suis pas autorise à pénétrer dans le temple seuls les hindous y sont autorises. A la mosquée jouxtant ce temple c'est exactement la même démarche. La seule solution pour contempler ces deux monuments est de monter dans un immeuble et accéder a un balcon malheureusement l'immeuble est compose de boutiques, malgré mes refus d'achats de plus en plus fermes ils insistent!

A ce propos, il est impossible d'être seul à Varanasi. Je suis toujours accosté... harcelé; les excuses varient mais les plus fréquentes sont Hashish Sir, Silk Sir, Change Money Sir, One roupie Sir. Le plus exaspèrent est d'avoir quotidiennement cette même question dix fois.... par la même personne. Le matin je joue parfois avec eux... un exemple? A la question d'ou je viens et ou je vais je réponds que je suis indien et lui demande a mon tour d'ou il vient et ou il se rend... Cela fait rarement rire mon interlocuteur! Le soir plus exaspéré par ce harcèlement, je ne réponds même plus ou je deviens parfois comme certains indiens agressifs! Certains s'excusent, alors... je me sens coupable! D'autres indiens ont plus d'humour, on peut ainsi trouver des tee-shirts avec comme inscriptions les réponses (négatives) aux questions les plus fréquemment posées. J'ai cédé, j'en ai acheté un!

Je me promène le long des ghâts a partir du coucher du soleil, une grande activité se dessinent les brahmans font des "pujhats" (des prières). Ils se servent de bougies, la lumière est très présente avec le feu, ils tracent des cercles dans l'air. Une atmosphère se dégage de cette cérémonie avec les percussions en fond sonore sans compter les petites bougies déposées dans le Gange par les pèlerins afin d'être plus chanceux. Le spectacle est même plus saisissant en barque car le ghât se retrouve illumine.

Je me rends aussi sur le ghât de crémation et la c'est une surprise de voir autant de bûchers avec les corps se consumant. Dans une rue derrière ce ghât il est vraiment fréquent (au moins une fois par demi-heure) de voir des hommes portant sur un brancard un corps recouvert d'un sari et de nombreuses fleurs principalement oranges. Seuls les hommes assistent à la cérémonie car les femmes sont considérées comme des pleureuses et ne permettraient pas à l'esprit de se libérer... La réalité est peut être différente il est, en fait, aujourd'hui (depuis seulement quelques années) interdit aux veuves de s'immoler avec leur mari. Les enfants (ils sont purs, les femmes enceintes et les sâdhus (vie pure et ascétiques) et les lépreux ne sont pas brûles mais jetés directement dans le gange. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir des ossements sur le Gange lors d'une balade en bateau.

A ce propos je décide de faire une balade en bateau avec deux routards qui se baignent parfois dans le Gange! Oui c’est bien le fleuve ou la pollution est 150 fois supérieure a toutes les normes! Je les considère comme fous, je touche avec le bout de mes doigts l'eau, la trouve relativement chaude. Je suis presque tente de les rejoindre (constatant mon hésitation ils insistent). Ouf je trouve une excuse j'ai mon argent et mon passeport je ne peux les laisser dans la barque. D'accord cette excuse est fallacieuse d'autant plus qu'ils sont amis avec le "boatdriver"(le conducteur de la barque; Diamond)! Alors je prends mon courage a demain je mets un premier pied dans l'eau (il faut être prudent...); elle est en effet chaude alors je décide d'"immerger" mes deux pieds puis finalement je plonge, je nage et c'est agréable! Il est temps de revenir dans la barque et de constater mes lésions dues à cette eau si pure. Non incroyable rien! Finalement c'est relativement saint (!) de se baigner dans le Gange. Toutefois des mon retour a l'hôtel je prends une douche; cette baignade ne correspondait pas a mon bain!

Cette balade est aussi une rencontre: Diamond le "boat driver" est très sympathique: nous discutons. Le lendemain matin, lors d'une nouvelle balade, il est plus prolixe et s'épanche sur sa vie, ces coutumes. C'est tout simplement passionnant. Il explique son amitié avec deux amis musulmans mais refusent l'idée que sa fille puisse se marier avec un musulman! Sa famille (ces trois enfants sa femme et son père) vivent dans une pièce de 5-6metre carre, avec son père et son fils aine ils se relaient pour dormir sur le bateau! Cette pièce est aussi la cuisine il est le seul à travailler, il avoue qu'en basse saison il doit mendier. Dans le même temps il est d'une générosité et honnêteté incroyable il avait invite à dîner les deux routards (grâce a qui je l'ai rencontre).

C'est aussi par leur intermédiaire que je rencontre deux enfants (avec qui ils ont réellement sympathise)  vendant des cartes postales dans la rue et découvre un monde violent. Un des enfants est apeure lors de notre passage sur les ghâts car d'autres le reconnaissent; or il n'est pas autorise à vendre sur cette portion des ghâts. Un adolescent (évidemment plus grand!) essaie de lui faire un croche patte, je suis surpris il ne réagit pas, je trouve cela injuste et me retourne avec un regard noir et apostrophe avec agressivité l'adolescent mais immédiatement l'enfant me demande de ne rien faire, je  le sens apeure. Mon attitude était en effet stupide, les conséquences auraient sans doute été violentes pour... lui.

C'est la fin de mon séjour à Varanassi et je pars avec des regrets car j'apprécie de plus en plus cette ville et son atmosphère notamment grâce a ses rencontres malheureusement trop tardives.

C'est aussi avec enthousiasme (!) que je reprends le train pour Khajuraho et comme toujours je pars avec une heure de retard, et j'arrive avec trois heures de retard! Mais cette fois ci c'est sans aucun problème de santé! 

Apres le train c'est une nouvelle expérience quatre heures de bus indiens! Un succès!

Mais en premier lieu une expérience administrative: en quelques mots, je me présente au guichet et me renseigne sur l'heure du bus! Eh bien je ne peux obtenir la réponse seul le bureau d'information juste à cote peut me renseigner! A;ors je m'y rends et fier de l'information obtenue, je fais trois pas sur ma gauche pour acheter le billet mais ce n'est toujours pas possible mais pourquoi ? Ah c'est malheureusement une nouvelle question je dois alors me décaler à nouveau pour revenir au guichet d'information....... Non et non ce n'est pas une plaisanterie.... c'est la réalité indienne!

Quant au bus, toutes les fenêtres ne sont pas "installées" cela devait être une option mais j'ai surtout le sentiment que les parois ne sont pas fixes. Nous avons évidemment une panne; je m'attends à une longue période d'attente mais quelle fut ma surprise de découvrir qu'avec une faucille demande à un paysan sur le bord de la route on peut réparer un bus!

C'est avec grand plaisir que j'arrive a Khajuraho, c'est une petite ville de dix mille habitants et les contacts s'établissent rapidement des mon deuxième jour je suis invite à dîner dans une famille; encore une fois une toute pièce servant tant de cuisine que de chambre, de salle à manger. C'est par terre que nous mangeons avec les doigts! Mais quel repas succulent et quelle gentillesse! Le poids de la tradition est aussi important l'homme ne fait strictement rien; ils sont maries depuis douze ans or la femme n'a aujourd'hui que vingt six ans... faites la soustraction c'est effrayant!

C'est à vélo (oups j'oublie de temps a temps de rouler a gauche!) que je découvre les temples de Khajuraho si surprenants, la pierre est finement sculptée et certaines sculptures représentent des scènes érotiques ou des images du Kamasutra!

 A bientôt,

Herve

Publié dans Récit de voyage 2003

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mathieu 28/05/2007 15:41

Apres Tintin au Congo... Hervé aux toilettes en Inde..Mais en beaucoup plus animé..