Darjeeling: un citadin à la montagne...

Publié le par Hervé

21 avril 2003:

Salut,
De retour a Darjeeling après un trek de 5 jours. Oui 5 jours ce n'est rien mais...
J'ai rencontre un "backpacker" anglais et suite a sa proposition, nous sommes partis des le lendemain euh non le surlendemain nous avons rate le bus... panne de réveil!
Seule l'idée du trek me rendait enthousiaste: les beaux paysages, les rencontres avec les villageois, l'effort physique....enfin les idées d'un citadin a la montagne.
Alors....
Apres trois heures de bus indien (déjà une épreuve!!) et un petit déjeuner copieux dans une gargote dans la ville de départ (Manhebhanjang a 2134m d'altitude), nous voila partis vers notre première étape soit Garibans a 2621m d'altitude. Le chemin est relativement large seule l'inclinaison nous (enfin pour être honnête ME) perturbe. C'est merveilleux de découvrir des raccourcis: le principe est simple la distance est moindre mais la difficulté est plus grande! Le dernier point n'était pas prévu... Le temps est clair nous apercevons le village de Manhebhanjang de plus en plus petitement.
 
Mais cette ascension me semble interminable de plus en plus de brume, de plus en plus essoufflé mais ou est cette première halte ? Enfin nous apercevons quelques maisons. Il est donc temps de boire le thé.
 
Fier de cette première ascension et de ces deux heures trente de marche, je demande combien de kilomètres il nous reste à parcourir pour atteindre Garibans (lieu de notre première nuit) et la réponse me déconcerte 14km mais ce n'est pas possible la première étape est de 16km, nous avons tant marche. Eh oui seulement deux kilomètres avaient été parcourus! Mes jambes sont alors encore plus lourdes. Mais Il faut alors repartir. On reprend le sentier, il est plat, c'est inespéré cela descend... ce n'est que pour rendre la fin plus difficile ! Le brouillard et les nuages enveloppent les montagnes, les paysages deviennent de plus en plus surréalistes mais le plus spectaculaire reste à venir.
 
Nous sommes finalement arrives a notre première étape ou presque (!) 2km en amont, a 2853m d'altitude dans un village du Népal. Les postes frontières se font rares sur les sentiers de montagne, je reconnais, cela a un cote excitant de traverser la frontière illégalement! C'est humide et fatigue que nous découvrons notre gîte chez une famille d'origine tibétaine. Autour du feu, le père de famille, professeur d'anglais nous donne son point de vue sur la situation au Tibet et son désir de retour, sur le Népal. Puis nous buvons une tonjba, une bière tibétaine. Présentée dans un récipient relativement haut et en bois (tout comme la paille); c'est relativement consistant (avec le millet), alcoolisé et cela se boit chaud, c'est alors un plaisir de réchauffer mon corps!
 
Dans les maisons traditionnelles le feu se trouve dans une pièce assez éloignée des autres. C'est en fait un monticule de terre cuite ou de ciment. De face on trouve une ouverture qui permet de mettre le bois et de laisser les plats au chaud. Sur le dessus il y a deux ouvertures pour mettre les casseroles afin de cuisiner. Cela serait plus facile à expliquer avec un dessin.....
 
Suite à cette première étape, nous reprenons la route à 8H (cela semble de bonheur mais cela ne l'est malheureusement pas). Et la c'est une journée tout aussi éprouvante mais magnifique. Nous marchons pendant 6-7H dans la montagne avec de difficiles ascensions. Mais sur les plateaux ou il n'y a rien, nous sommes totalement enveloppes par le brouillard a la fin s'y ajoute la pluie, c'est enivrant. Nous sommes au milieu de nulle part, un énorme sentiment de liberté. En prenant des raccourcis on découvre des yacks, ou des chèvres errant au milieu de ce non-lieu. Une halte pour déjeuner nous entraîne chez une vielle dame a l'entrée d'un village, elle nous propose de manger... de la viande: du yack! Ah je reprends des forces!
Parfois je reste debout dans le brouillard, le vent, la pluie seul avec le silence de la nature (est-ce vraiment un silence?). J'arrive complètement exténuer dans un village plus moderne (attention tout est relatif mais par exemple les toilettes ne sont pas a l'extérieur de l'hôtel) que celui de notre première étape avec une guesthouse quasi complète j'ai dormi dans la chambre des propriétaires. Nous sommes déjà a 3600m et le froid a pénètre mon corps lors des deux dernières heures de marche ou j'avançais vraiment pas en pas, de temps en temps je me concentrais tellement sur l'effort que j'oubliais de regarder autour de moi.
Avant de partir de la guesthouse j'achète un bonnet, ils me vendent un des leurs et le prix ? C'est simple e dois donner ce que je veux. Nous sommes bien loin des lieux touristiques indiens; ils sont désintéressés!
 
Le troisième jour doit être une journée facile sans ascension une marche de 5h. Pff ne jamais avoir confiance! Nous marchons durant sept longues heures, nous nous perdons chacun notre tour. De plus aucune halte possible pour prendre un thé nous sommes vraiment dans une sorte de noman's land. Mon compagnon de route décide faire une sieste (je ne sais comment il fait!). Je prends un raccourci (encore un !) et je me perds, j'entends un chien aboyer je me suis alors réjoui croyant être arrive mais non ce n'est qu'une ferme au milieu de nulle part. Pour être complètement honnête le chien est un peu agressif, je prends une pierre au cas où.... Puis un homme est venu, je lui dis le nom du lieu ou je veux me rendre il est surpris. Il me raccompagne sur le bon sentier. Il faut évidemment remonter. Malheureusement il marche très vite (ou je marche lentement?),  je n'arrive pas a le suivre, je suis frigorifie. Et j'arrive sur le bon sentier complètement extenué alors que lui est tranquillement en train de m'attendre. Je ne suis qu'un parisien... un citadin en somme.... Mais il faut continuer.... C'est merveilleux je marche sur un sentier, assez large, des deux cotes le ravin, je suis enveloppe par le brouillard, je ne vois qu'a vingt mètres devant moi mais un sentiment de liberté m'envahit, a nouveau, au milieu de nulle part, des arbres morts, l'herbe rase puis a nouveau quelques yacks....
Et encore une ascension avant d'arriver à notre "superbe" gîte de montagne. Un grand dortoir avec une porte donnant sur l'extérieur que personne ne ferme. Ah si! ils ferment mais a 22.00. Dans l’angle oppose, près de mon lit, la porte des toilettes qui donne sur l'extérieur et pendant la nuit les va et vient! J'ai donc dormi habille avec mon superbe bonnet !
Deux groupes de trekkeurs bengalis sont présents dans le gîte, ils chantent: chacun leur tour un groupe débute une chanson puis ils continuent en coeur. Ils sont aux deux extrémités du dortoir....
Le quatrième et le cinquième jour furent consacre a la redescente beaucoup moins éprouvante mais cette fois-ci je prenais beaucoup moins les raccourcis j'étais un peu fatigue.... de me perdre!
Notre dernière nuit dans la montagne est dans une guesthouse avec un montagnard aimant bien boire mais sa femme le limite. Une fois sa femme dans la cuisine, nous partageons nos brandy pour lui en offrir et ses yeux s'éclaircissent devant ce bonheur retrouve la conséquence est simple: nous ne comprenons plus son anglais qui devient de plus en plus approximatif et nous ne pouvons plus nous coucher!
Le retour en bus à Darjeeling est aussi un agréable moment. Entasse comme à l'habitude, un groupe de lycéennes de Darjeeling chantent, quasiment les quatre heures du trajet, des chansons populaires en hindi et en bengali. Elles se souviennent de moi, je ne comprends pas pourquoi oh! tout simplement nous nous sommes croises lors du trek plus particulièrement lors d'une des plus difficiles ascensions et je ne m'en rappelle presque pas il faut dire que c'était a l'arrivée du troisième jour et j'étais extenué! Oui c'était bien un citadin a la montagne! Mais pourquoi le bus s'arrête, ah il pleut il faut donc prendre nos sacs a dos sur nos genoux, denrées périssables doivent être a l'intérieur du bus. Finalement il restait de place dans ce bus!
Ce trek fut finalement une bonne expérience humaine; j'ai du, de temps en temps me faire violence pour continuer a "grimper" et les rencontres avec les villageois si chaleureux resteront de bons moments sans oublier les délicieux currys !
 
Maintenant je me repose et j'admire les paysages de Darjeeling et ses plantations de thé sur les versants de la montagne, j'ai visite une usine de thé; Darjeeling produit une grande partie du thé indien mais le thé de meilleure qualité est réserve a l'exportation.
Les rencontres se multiplient.
Un dîner incroyable avec une indienne, une américaine d'origine indienne, une islandaise un hollandais, des italiens, un turc, un portugais, une australienne et la langue anglaise comme moyen de communication une soirée exceptionnelle ou nous échangeons nos bons tuyaux mais aussi nos galères, nos points de vue parfois si différents. Sans compter la rencontre avec un américain passionne de littérature japonaise et de Milan Kundera.
Puis une amitié avec Rakesh l'indien qui gère le café Internet, on joue le soir au billard ensemble autour d'une bière, en retour je ne paye pas toujours Internet.
Je me rends jeudi à Varanassi (ex-Benares) pour quelques jours où je découvrirai une autre Inde celle des villes du Gange.
En espérant avoir de vos nouvelles,
A bientôt,
Herve.

Publié dans Récit de voyage 2003

Commenter cet article

InFolio 05/06/2007 17:27

Sincères félicitations pour ton trek : je n'ai aucune endurance et je m'écroule au bout d'1h de marche dans les Alpes, alors franchement... je vénère ton courage ! Avec l'altitude et le froid en plus !